Pierre Grassou d’Honoré de Balzac

couv47974348Je n’ai jamais lu de roman d’Honoré de Balzac, mais comme je participe au challenge « un mot, des titres » avec le mot Pierre et que Pierre Grassou d’Honoré de Balzac est disponible en ebook libre et gratuit, j’en ai profité pour découvrir cet auteur.

Synopsis :

Dans le Paris de la première moitié du XIXe siècle, un jeune peintre, plutôt doué, choisit la voie d’un art commercial et rentable, plutôt que de vivre la bohème créatrice de ses amis artistes. L’occasion pour Balzac de jeter un regard plein d’humour sur la bourgeoisie parvenue et de s’interroger sur le statut de l’art à son époque. Pierre Grassou est-il un artiste digne de ce nom ? Un texte qui ouvre sur l’histoire des arts : la représentation de l’artiste au XIXe.

C’est un roman, qui se lit très vite et de moins de 100 pages où l’on suit Pierre Grassou, bourgeois et mauvais peintre alors qu’il va finalement réussir à se faire une place dans le monde artistique auprès du public, bien que les autres artistes le trouvent mauvais et

que ses mentors l’ont découragé de continuer la peinture, pas faite pour lui.

En fin de l’article, j’ai mis un gros passage du début de cette nouvelle, qui résume très bien son ensemble, où Honoré de Balzac satire la société bourgeoise artistique et la promotion et mise en avant de la médiocrité.

Bien que je ne pense pas que l’art doit être par et pour les élitistes. Je suis d’accord sur certains points dont l’arrêt de la critique par des personnes compétentes. Évidemment, ce procédé n’est pas infaillible mais il permet au moins le rejet du mauvais. Mais voici des exemples, qui, je pense, mettent cette critique d’expert faillible :

Je pense qu’à cette époque, comme maintenant, les « contactes » permettent la mise en avant d’artiste plutôt que d’autre plus talentueux. Je me demande d’ailleurs, si ce n’est pas justement toujours ce côté bourgeois à contact, qui actuellement permet d’exposer (en tout cas en majorité) ? Je ne sais pas, je ne connais pas le monde artistique, je me pose des questions. Mais, il y a toujours présence, dans tous les domaines, du fameux piston, qui malheureusement concerne aussi le piston de la médiocrité.

Dans ce récit de Pierre Grassou, c’est le public, qui a apprécié sa peinture médiocre qui avait exceptionnellement été exposée dans une galerie. Or, j’aimerais faire un parallèle avec le monde de l’édition littéraire ou musicale. Dans les deux cas, si l’on parle des grandes maisons d’édition, le but étant justement de choisir ce qui plaira aux plus grands publics, quitte à servir de la médiocrité, du déjà lu/entendu, etc. Ce qui pose un gros problème d’autres culturelles et intellectuelles : doit-on servir de la merde imbuvable mais le public apprécie (et donc achète/consomme) ou doit-on proposer le meilleur quitte à toucher moins de genre ? Il semble clair que dans le monde de consommation actuelle, le premier a largement pris le pas sur le second, ce qui induit un nivèlement par le bas en terme cultuel-intellectuelle. Je vais prendre deux exemples flagrants : les « réal-TV », grandement appréciée et regardée, comparé aux documentaires. L’autre exemple étant la presse people, lue et vendue à gogo, comparé à des magazines documentaires. Évidemment, c’est la faute du public à aimer de la merde, mais aussi la faite des producteurs à proposer la merde qu’aiment publique au lieu d’essayer de l’éduquer. Mais pourquoi prendre le risque d’éduquer lorsque l’on peut leur fournir de la soupe nauséabonde et qu’ils en redemandent ?

Finalement, je suis d’accord qu’une première sélection doit être faite pour évincer l’imbuvable, sauf que malheureusement, la critique d’expert actuelle ne rejette pas seulement l’illisible, ils sélectionnent, ce qui est vendable et évite la prise de risque. Évidemment, il y a toujours des indépendants pour proposer des choses différentes, mais ce qui est mis en avant, à la vue de tous et au public, c’est le produit des grandes maisons d’édition.

Je n’ai pas pris l’art plastique (pas sûr que ce soit le bon terme), car je ne connais pas ce monde, mais la conclusion et l’idée sont la même finalement. Honoré de Balzac déplore l’accession et la mise en avant de la médiocrité en son temps, comme je la déplore actuellement. Le moyen est différent, mais la finalité est la même. Je n’ai pas la solution ultime. La possibilité de mettre en ligne son œuvre sans passer par les grandes éditions est à double tranchant. À la fois géniale pour les artistes de talent et à la fois mauvais, car les médiocres diffusent aussi leurs navets immangeables. Un checkpoint semble être indispensable pour stopper ces derniers (plus nombreux en % ?), mais en même temps, les checkpoints actuels n’aident pas à niveler la culture (et autres) par le haut, ou même juste la maintenir, bien au contraire. Que faire ? Si vous avez une idée, n’hésitez pas dans les commentaires.

En tout ça, Pierre Grassou d’Honoré de Balzac relève une réflexion sur l’art, qui est encore d’actualité.

Extrait :

« Toutes les fois que vous êtes sérieusement allé voir l’Exposition des ouvrages de sculpture et de peinture, comme elle a lieu depuis la Révolution de 1830, n’avez-vous pas été pris d’un sentiment d’inquiétude, d’ennui, de tristesse, à l’aspect des longues galeries encombrées ? Depuis 1830, le Salon n’existe plus. Une seconde fois, le Louvre a été pris d’assaut par le peuple des artistes qui s’y est maintenu. En offrant autrefois l’élite des œuvres d’art, le Salon emportait les plus grands honneurs pour les créations qui y étaient exposées. Parmi les deux cents tableaux choisis, le public choisissait encore : une couronne était décernée au chef-d’œuvre par des mains inconnues. Il s’élevait des discussions passionnées à propos d’une toile. Les injures prodiguées à Delacroix, à Ingres, n’ont pas moins servi leur renommée que les éloges et le fanatisme de leurs adhérents. Aujourd’hui, ni la foule ni la Critique ne se passionneront plus pour les produits de ce bazar. Obligées de faire le choix dont se chargeait autrefois le Jury d’examen, leur attention se lasse à ce travail ; et, quand il est achevé, l’Exposition se ferme. Avant 1817, les tableaux admis ne dépassaient jamais les deux premières colonnes de la longue galerie où sont les œuvres des vieux maîtres, et cette année ils remplirent tout cet espace, au grand étonnement du public. Le Genre historique, le Genre proprement dit, les tableaux de chevalet, le Paysage, les Fleurs, les Animaux, et l’Aquarelle, ces huit spécialités ne sauraient offrir plus de vingt tableaux dignes des regards du public, qui ne peut accorder son attention à une plus grande quantité d’œuvres. Plus le nombre des artistes allait croissant, plus le Jury d’admission devait se montrer difficile. Tout fut perdu dès que le Salon se continua dans la Galerie. Le Salon devait rester un lieu déterminé, restreint, de proportions inflexibles, où chaque Genre exposait ses chefs-d’œuvre. Une expérience de dix ans a prouvé la bonté de l’ancienne institution. Au lieu d’un tournoi, vous avez une émeute ; au lieu d’une Exposition glorieuse, vous avez un tumultueux bazar ; au lieu du choix, vous avez la totalité. Qu’arrive-t-il ? Le grand artiste y perd. Le Café Turc, les Enfants à la fontaine, le Supplice des crochets, et le Joseph de Decamps eussent plus profité à sa gloire, tous quatre dans le grand Salon, exposés avec les cent bons tableaux de cette année, que ses vingt toiles perdues parmi trois mille œuvres, confondues dans six galeries. Par une étrange bizarrerie, depuis que la porte s’ouvre à tout le monde, on parle des génies méconnus. Quand douze années auparavant, la Courtisane de Ingres et celles de Sigalon, la Méduse de Géricault, le Massacre de Scio de Delacroix, le Baptême d’Henri IV par Eugène Deveria, admis par des célébrités taxées de jalousie, apprenaient au monde, malgré les dénégations de la Critique, l’existence de palettes jeunes et ardentes, il ne s’élevait aucune plainte. Maintenant que le moindre gâcheur de toile peut envoyer son œuvre, il n’est question que de gens incompris. Là où il n’y a plus jugement, il n’y a plus de chose jugée. Quoi que fassent les artistes, ils reviendront à l’examen qui recommande leurs œuvres aux admirations de la foule pour laquelle ils travaillent : sans le choix de l’Académie, il n’y aura plus de Salon, et sans Salon l’Art peut périr.

Depuis que le livret est devenu un gros livre, il s’y produit bien des noms qui restent dans leur obscurité, malgré la liste de dix ou douze tableaux qui les accompagne. »

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