Nous irons à Kalponéa de Paul Béra

couv31082031Je me suis lancée dans Nous irons à Kalponéa de Paul Béra plus parce qu’il entre dans un challenge littéraire que par pur envie car, j’avoue qu’avec la tonne de FNA qui existe, j’évite de m’y aventure tant que l’on ne m’a pas conseillé un roman en particulier ou si je connais l’auteur. C’est finalement une plutôt bonne surprise dans l’ensemble.

Synopsis
On déporte les condamnés à mort sur l’île de Kalponéa, parce que gisent là les restes d’une centrale nucléaire, ce qui, paraît-il, permet de supprimer l’horreur de la guillotine.
Or, voilà qu’on meurt plus sur Kalponéa ! Pourquoi ? Jacobus et la belle espionne Caryl sont chargés de répondre à la question et ne découvriront rien.
Alors que Stef le chômeur comprendra tout de suite… et pourrait débarasser l’humanité du complexe de la peur nucléaire… si elle le voulait.
Mais voilà : elle ne le veut pas !

D’abord, ce roman de 225 pages se lit d’une traite, c’est vraiment très fluide à lire, c’est même plaisant et je ne me suis même pas ennuyée. Donc ça démarre plutôt bien.

Ensuite, en 225 pages, l’auteur met le doigt sur plusieurs thématiques intéressantes :

On a d’abord l’idée de déporter des prisonniers sur une île à forte radioactivité (ancienne central nucléaire, déchets, etc) où les prisonniers y meurent et ainsi on évite l’horreur de la guillotine et des exécutions comme c’est annoncé dans le synopsis et le roman. L’auteur prend le contre-pied de cette idée durant le roman. Finalement, qu’est-ce qu’il y a de mieux ? Mourir d’un coup sans rien sentir (guillotine) ou mourir en souffrance et décrépitude à cause des radiations et autres joyeusetés sur une île à prisonniers ?

Ensuite, il y a thématique de l’obscurantisme. Le nucléaire a été entièrement bannis, personne ne sait ce que c’est, ni comment ça fonctionne, ni rien à ce sujet. Un gros sujet tabou donc et où les autorités et parties écologistes règnent à l’unisson pour instaurer la peur du nucléaire et ainsi éviter toute idée d’amélioration/utilisation/recherche/pensé à son sujet. Le côté intéressant est que le personnage principal, Stef est chômeur, mais il se renseigne et s’éduque aux sujets de la physique nucléaire. Par s de chômeur, il a un certain savoir que l’espionne et le mec du mouvement ont car ils sont endoctrinés dans la peur et le tabou du nucléaire. On retrouve ici l’idée que la connaissance permet de rejeter l’ignorance mais aussi d’apporter des idées/solutions/possibilités de développement et c’est d’ailleurs le cas dans ce roman où Stef a la solution et comprend pourquoi on ne meurt plus à Kalponéa ! Cette solution pourrait avoir des répercussions énormes au niveau mondial. Car l’auteur décrit un monde post-nucléaire (nucléaire entièrement interdit), mais aussi sans pétrole (épuisé) et quasi plus de charbon (quasi épuisé), les énergies dites renouvelables ne sont pas efficace, le nucléaire utilisé en médecine est évidement interdit. Bref et sans que l’auteur donne plus de détail, on a l’impression d’un retour au moyen-âge. Du moins, il y a peu d’électricité, plus de moyen de locomotion autres que vélos/chevaux/radeau sauf quelques exceptions, etc. Et Stef détient la clé du nucléaire et de comment résoudre ses effets secondaires, que va-t-il faire de cette information ?

Sinon, j’ai trouvé ça un peu moyen le coup du narrateur qui cite une citation de l’auteur. En gros, l’auteur s’auto-cite lui-même. Aussi, j’ai trouvé les personnages un peu énervant et clichés. Stef est naïf et maladroits, dès fois il y a des réflexions et des comportements assez bizarres, tel un gamin ou un ado. C’est très déstabilisant et même énervants. Alors qu’à côté de ça, il connaît son sujet sur le nucléaire. Donc c’est bizarre et à aucun moment, j’arrive à vraiment le considérer comme un adulte ou du moins un adulte ou alors il a des problèmes psychologiques. En contraste, on a les deux autres gusses (Caryl l’espionne et Jacobus du gouvernement), malhonnêtes et prêt à tout pour sauver leur peau, alors qu’ils sont identiques. Mais à côté de ça, ils sont bercés par l’obscurantisme et la peur du nucléaire, sans rien y comprendre en plus de ne pas avoir de capacité de réflexion, alors qu’une simple déduction permettait de trouver la solution au problème qu’ils se posent. C’est finalement peut être fait exprès de la part de l’auteur.

Enfin, il y a évidemment la thématique du nucléaire. J’avoue ne pas totalement savoir où se situe l’auteur. Il pointe ses côtés positifs (médecine et énergie), mais aussi son réel gros problème (ses déchets). J’ai l’impression que l’auteur essaie de dire que, maintenant qu’on l’a développé/qu’on l’utilise, il faut que l’on continue à l’étudier pour l’améliorer (sécurité, etc) et trouver un moyen de réduire les déchets (réutilisation, etc.). En gros, soit on ne mettait jamais les pieds dedans, soit y met les pieds et on l’étudie à fond pour en comprendre l’améliorer. Et que finalement, l’idée de le bannir entièrement sans alternative aussi efficace (matière épuisable ou non efficace) tout en le diabolisant (peur, tabou, et.) n’est pas du tout une solution, bien au contraire.

En conclusion, je suis plutôt surprise par cette lecture. Je m’attendais à une SF moisi mais l’auteur arrive à discuter de thématique importante et à pointer certains résonnements absurdes.

J’ajoute trois citations tirées du roman.

— Comment ne comprenez-vous pas que l’irradiation qui subsiste correspond pour nous à la flamme que l’on entretenait autrefois sur le Soldat Inconnu ?
J’en restai bouche bée. J’avais entendu parler de l’évolution de ce qu’on appelait depuis longtemps « mouvement écologiste ». C’était devenu une sorte d’Église, avec catéchisme, sacrements, hauts dignitaires…
Ou, si l’on préfère, une société au grand jour, avec initiation, intronisations et je ne sais quoi. Le malheur, c’était que les trois quarts des gens étaient des écologistes initiés. Comme quoi, d’une fort bonne chose au départ, on peut faire une caste stupide. Les plus belles fleurs ont parfois une descendance dégénérée.

Dans la citation suivante, il y a à nouveau l’idée de résonnements absurdes: L’idée de conserver irradiation comme souvenir (cf citation juste au dessus) alors qu’il y a toujours possibilité d’en être irradié et pas qu’à Kalponéa (on découvre ça à travers le roman).

Or, depuis que le monde avait mis le nucléaire hors la loi, depuis que la terreur irraisonnée de l’atome embrumait les cerveaux, les contaminés étaient rarissimes, et donc à quoi bon fabriquer des engins et des remèdes que l’on n’utiliserait pratiquement jamais ?

La dernière pour la route, que je vous laisse juger par vous même:

Notez bien : pas seulement à « mon pays ». Depuis longtemps j’ai perdu la notion de « patrie » et je ne vois pas pourquoi celui qui habite en deçà de la ligne frontière serait différent de son voisin. N’insistons pas : j’ai déjà failli être condamné pour cette théorie toute personnelle.

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