Nous Autres d’Eugène Zamiatine

couv1884278Nous autres d’Eugène Zamiatine fait partie des premiers romans (le premier ?) du genre dystopie. Ayant lu et apprécié 1984 d’Orwell et Le meilleur des mondes d’Huxley, je me suis lancée dans la lecture de Nous autres que j’ai globalement aimé sans non être emballée.

On suit D-503, un homme ingénieur dans un monde « utopique » imposé par le Bienfaiteur où le bonheur est atteint en mettant tout en équation et suppriment les émotions. Les gens n’ont plus des noms mais une lettre suivi de numéros (D-503), tout est chronométré et calibré : 15 mastications, le planning journalier est minutieusement timé et doit être suivi, ainsi que le jour de sexe, etc. Evidemment, il n’y a aucune place à l’individualisme, tous sont pareils et il n’existe pas de dehors/autres derrières les murs. Evidemment, l’endoctrinement joue un grand rôle dans l’histoire, puisque même le narrateur n’imagine la vie avant (vie sauvage) et celle qu’il a est forcément la meilleur avec le bonheur ultime.

Ca fait évidemment penser à 1984 et Le meilleur des mondes, et pour cause, au moins Orwell a annoncé qu’il s’était inspiré de la trame de Nous autres pour écrire 1984. Trame que l’on retrouve aussi dans Le meilleur des mondes. Je ne souhaite pas en dire en plus sur cette trame pour ne pas spoiler. Mais si vous avez lu 1984 et/ou Le meilleur des mondes, vous comprenez de quel cheminement scénaristique je parle.

Ecrit à l’époque soviétique (1920), le roman a été censuré sous la période Stalinienne, que l’auteur critique. J’ai aimé toute la partie dystopique mais comme pour 1984, le personnage principal et son histoire ne pas emballé. Je compatis au niveau humanité et sociétale mais pas au niveau personnel. Peut-être parce que ce schéma de narration est vu et revu ? Peut-être parce que la société totalitaire a rendu le personnage si fade que ça se ressent et ne donne pas vraiment envie de s’y attacher ? Mais ça n’en reste pas moins un livre intéressant que je conseille aux amateurs du genre. J’ai tout de fois une préférence pour 1984 de Georges Orwell que je trouve plus percutant.

Une citation du roman pour avoir une idée du système:
“Délivrer l’humanité ! C’est extraordinaire à quel point les instincts criminels sont vivaces chez l’homme. Je le dis sciemment : criminels. La liberté et le crime sont aussi intimement liés que, si vous voulez, le mouvement d’un avion et sa vitesse. Si la vitesse de l’avion est nulle, il reste immobile, et si la liberté de l’homme est nulle, il ne commet pas de crime. C’est clair. Le seul moyen de délivrer l’homme du crime, c’est de le délivrer de la liberté. Et à peine venons-nous de l’en délivrer (à peine est bien le mot quand on songe à l’âge du monde), que quelques misérables esprits arriérés…”

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