L’ombre du Shrander de M. John Harrison

couv51646356J’ai enfin réussi à lire L’ombre du Shrander de M. John Harrison et je peux vous dire que cela n’a pas été facile. L’ombre du Shrander, en VO Light, est un roman SF écrit donc par M. John Harrison, un auteur anglais connu dans le monde de la SF (sauf que je ne le connaissais pas).

Dans ce livre, nous suivons trois personnages à deux périodes différentes. D’une part Micheal Kearney, génie scientifique, qui en 1999 (d’ailleurs j’ai failli m’étouffer lorsque j’ai lu qu’il fêtait le millénaire…. Le millénaire a commencé en 2001 pas en 2000 !) ne cesse de fuir et de tuer pour échapper au Shrander, une créature bien étrange. D’autre part, en 2400, dans le secteur Kefahuchi (vaste région stellaire où plusieurs civilisations coexistent) on suit Seria Mau, une mi-humaine mi-vaisseau. Elle part à la recherche de son identité et dont un type, qui possède des infos sur une technologie extraterrestre, va l’aider. Et enfin, durant cette même période, on suit Ed Chirnois, un bulleur (accro aux jeux sexuels dans les caissons à bulle) en fuite, car il est endetté auprès des sœur Cray prêtent à tout pour récupérer leur bien.

Le problème majeur de ce space-opéra est qu’il soit horrible à lire, extrêmement déroutant, j’ai failli abandonner à plusieurs reprises au début. Le problème vient de la forme et non du scénario. En fait, durant toute la première moitié du livre, j’ai eu l’impression de lire des bouts de vie des ces trois personnages, alignés en chapitre (un chapitre par personne) et pas toujours de manière chronologique. Sans compter qu’on est directement plongé dans leur univers à chacun sans explication ni rien. Bref, j’étais totalement larguée du début jusqu’au milieu du livre, où enfin, cela s’éclaircie. On a enfin des informations sur ces différents personnages, on commence à comprendre et à prendre plaisir à suivre. Car avant, c’est de la torture.

C’est donc à partir du milieu que le puzzle se met en place. On découvre comment Seria Mau a fusionné avec son vaisseau et son lien avec Ed Chirnois etc. Mais concernant le Shrander, ça reste encore flou jusqu’à la fin. La révélation finale, qui est le Shrander et pourquoi et le lien entre les trois personnages. Enfin ceci dit, il y a quelques petites questions qui restent tout de même en suspend, mais au moins je me suis dit que « ça valait le coup d’aller jusqu’au bout » et de découvrir le pourquoi du comment. Car en fait, la lecture était si désagréable au début que seule ma curiosité pour le Shrander  et les moult questions que le livre lancent (mais punaise qu’est-ce que sait ? Pourquoi Kearney le fuit ? Pourquoi ces dés bizarres ? Pourquoi Seria Mau est mi humaine mi machine ? Qu’est-ce que les mathématiques du vaisseau de Seria Mau ? C’est quoi cette histoire de bocal avec Ed Chirnois ? Qu’est-ce que la technologie K ? Pourquoi Kefahuchi ? Que sont venus y faire les Hommes là-bas ? etc etc) m’ont permis de tenir jusqu’au bout et heureusement, une bonne grosse partie est expliquée, d’autre moins ou pas du tout, mais j’en suis sortie satisfaite de cette lecture très cocasse.

Enfin, si on met de côté le fond (succession de chapitre dont chacun aborde un des trois personnages et de manière abrupte) qui rend la lecture totalement déstabilisante, le reste du style est plus tôt sympa, pas très lisse, pas forcément toujours très abordable mais qui apporte vraiment du relief à ce genre de lecture, elle-même, non abordable de prime à bord. Evidement le style n’est pas non plus incompréhensible et lourd, mais voilà, j’ai relu une deuxième fois certaines parties pour être sure que j’avais bien compris. Bon, c’est peut être juste moi, car j’ai lu ce livre en tellement de coupure, que j’ai peut-être perdu le « fil » (oui alors, il y a un fil, mais tellement noués qu’on s’y perd) et donc la relecture de certain passage m’ont permis de bien faire le lien avec ce que j’avais lu précédemment.

Sinon, les personnages (les trois) sont tellement torturés et déstabilisés qu’ils en deviennent attachant. J’ai une préférence pour Seria Mau (mi humaine mi vaisseau) de la découvrir, de voir qu’elle a perdu tout un côté humain mais en même temps qu’elle est finalement très humaine en soit. Elle tombe amoureuse du type qui pourrait l’aider à découvrir son identité et elle a finalement encore certain comportement humain/sociale. Kearney est, quelque part, « touchant », il est constamment apeuré par le Shrander, toujours à essayer de fuir, à tuer etc. Il ne peut pas rester sur place bien longtemps. Finalement, j’en ai eu pitié de le voir échapper à quelque chose dont il ne sait même pas pourquoi il le fuit. Ce manque de stabilité même s’il est en couple, il se remet avec son ex-femme, qui essaie de le comprendre et le suit bien qu’il ne le veuille pas pour quelque par l’épargner de son sort. Par contre Ed Chirnois est le type qui m’a le moins marqué, dont j’ai le moins accroché. Il est trop obscur. On apprend peu à peu qui il est, mais tout de même, il me laisse de marbre. J’ai plus aimé suivre son personnage pour la bizarrerie dans laquelle il va se retrouver que pour sa quête personnelle (contrairement à Kearney et surtout Seria Mau). Bien qu’à la base, il fuit comme Kearney, il en reste moins touchant et sa fuite est finalement moins intéressante (on sait qu’il évite les sœurs Cray à qui il doit de l’argent, alors que Kearney, il fuit le Shrander, mais on ne sait pas pourquoi et lui non plus). Concernant le Shrander, je n’ai finalement pas envie d’en parler trop car c’est justement sa découverte qui fait que je me suis accrochée à ce livre. Donc je ne vous dirais rien à son sujet, pas même une petite information.

Finalement, j’ai trouvé que c’est un excellent livre de SF, une fois qu’on a réussi a passer le cap de la première moitié du livre, qui est totalement déroutante et horrible à lire et à suivre. Finalement, c’est une sorte d’épreuve comme les trois personnages principaux ne cessent d’avoir. C’est donc un roman absolument pas abordable pour les néophytes ou ceux qui veulent s’initier à la SF. Par contre, pour les autres, je pense que ça vaut le coup d’y jeter un œil, mais c’est le genre de roman, à mon avis, qu’on apprécie ou qu’on déteste, pas vraiment de juste milieu.
ziggourat
Vocabulaire découvert : Taveler = tacheter, moucheter ; Cheongsam = vêtement féminin chinois ; Ziggourat = édifice religieux mésopotamien.

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