Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi d’Arto Paasilinna

couv64611998J’ai découvert l’auteur Finlandais Arto Paasilinna, il y a super longtemps et j’avais plus qu’adoré Petits Suicides entra amis et Les prisonniers du paradis. Du coup, j’ai renouvelé l’expérience avec les dix femmes de l’industriel Rauno Rämerkorpi. C’est définitivement le Paasilinna que j’ai le moins aimé et pourtant j’adore son humour en général, mais voilà, celui ne m’a pas faite rire comme les autres. Seuls quelques moments et situations m’ont faite sourire. Ce n’est pourtant pas le thème qui me dérange, juste que je n’ai pas accroché.

Donc c’est l’histoire d’un industriel qui a réussi à créer une entreprise de métallurgie parmi les meilleurs mondiales et ce à partir de rien (il était bûcheron à la base). Le jour de ses 60 ans, il reçoit la distinction de conseillé de l’industrie et reçois une flopée d’invités réputés, connus etc. Ils lui offrent tous des fleurs, sauf que sa femme en est allergique. Il décide donc de les amener à la déchèterie. Sauf que finalement, il trouve ça dommage de les jeter et préfère aller les offrir à des femmes qu’il a connu. Le voilà partie avec son chauffeur de taxi dans une cavalcade sur tout Helsinki et environ pour distribuer les fleurs et plus si affinité.

On retrouve les thèmes chers à Paasilinna, une cavalcade (cette fois ci, dans Helsinki et environ et j’ai d’ailleurs adorer reconnaître les lieux et rues mentionnés) et une satire de la société finlandaise. Sa patte et son style est bien présent. L’humour aussi, mais j’ai moins accroché à l’humour de ce livre malheureusement.

On suit l’industrielle qui cocufie sa femme une 10aine de fois et n’hésite pas à recommencer pour Noël, sauf que finalement, on se rend compte, bien qu’il soit un connard avec sa femme (= être infidèle), il est un chouette type, qui essaye de prendre soin de ses employés. Ce n’est pas parce qu’il est à la tête d’une grande entreprise avec une bonne fortune personnelle, qu’il doit être un connard de patron. Surtout que parmi les femmes qu’il va rencontrer, certain sont de belle garce de merde (je pense quasi uniquement à celle qui lui a fait un enfant dans le dos, qu’elle garce de merde !).

On se rend compte, chose que je savais déjà, que les femmes peuvent être de la pire espèce de connasse (faire un enfant dans le dos ?! WTF) et d’ailleurs, Raumo ne mérite absolument pas la fin, car quoi qu’il arrive, elles ont toutes été consentantes et heureuses, car en plus des cadeaux, il les a aidé du mieux qu’il pouvait à chaque fois et pour chacune.

En gros, quelques moments drôles, une bonne critique générale sur comment des gens abusent d’une situation pour finir par devenir la pire des putes. Mais bon, ça n’est définitivement pas mon préféré. En fait, le début ne m’a pas faite rire, puis progressivement est venu le sourire pour enfin replonger dans le non drôle. Donc, j’ai trouvé, que la répartition de l’humour était assez inégale. Quoi qu’il en soit, ça reste un Paasilinna sympa dans l’ensemble, qui se lit, mais il y a mieux dans sa bibliographie.

Sinon, j’ai aussi appris un mot nouveau : Factotum = personne à tout faire (dans le contexte, c’était en parlant du lutin du père Noël, le lutin factotum).

Voici quelques citations du livre :

Le chauffeur de taxi fit remarquer qu’en réalité, le conseiller à l’industrie tenait plus du bouc cornu des anciens mythes liés au solstice d’hiver que de son avatar moderne à costume rouge et barbe blanche.

Irja : Tu es juste resté chez moi… si tu savais comme j’étais heureuse, même si ça n’a duré qu’un an. Tu m’as quittée. Mais pourquoi ? C’est ce que je me suis toujours demandé.

Rauno : Tu as les orteils trop courts.

Il expliqua que l’exceptionnelle petitesse des doigts de pied d’Irja l’avait amené à se demander s’il était bien raisonnable, tout compte fait, d’épouser une femme qui risquait de transmettre cette particularité à ses enfants et au-delà, jusqu’à la fin des temps, à toute la lignée des Rämerkorpi. Irja se débarrassa d’un coup de pied de sa pantoufle gauche, passa la jambe sur le bras de son fauteuil et scruta ses orteils.

Irja : Ils ne sont peut-être pas très fins et longs, mais c’est quand même fou qu’un homme en pleine possession de ses facultés mentales attache de l’importance à un détail pareil. Si j’avais su, ça m’aurait évité d’acheter un pistolet et surtout de songer à me suicider. C’est toi que j’aurais dû tuer, en réalité.

Chuchotant dans le hall obscur, ils se demandèrent si Dieu était satisfait de cette humanité qui, dans le tumulte de l’histoire, avait fait tant de mal. Les iniquités étaient légion : jalousie, envie, violence, guerre… difficile de croire que l’homme ait été créé à l’image de sa divinité.

Pour Rauno Rämerkorpi, le chef-d’œuvre de Dieu était de toute évidence entaché d’un vice de conception. S’il avait dû lui-même s’attaquer à un tel projet, il aurait tout de suite mis le prototype au rebut. L’homme était intrinsèquement obsolète, inconsistant et mal fichu, avec ses deux pieds et son corps glabre. Sa tête était vulnérable, ses mains malhabiles. Kirsti interdit au conseiller à l’industrie de blasphémer, mais il était lancé. Il déclara que le point sur lequel l’échec de Dieu était le plus patent était le cerveau de sa créature. L’homme était certes plus intelligent que l’hippopotame, mais même après avoir évolué il demeurait cupide, dépravé, cruel et fourbe – en un mot pitoyable. Aux yeux de Rauno Rämerkorpi, un Dieu qui avait si lamentablement échoué ne méritait guère qu’on l’adore.

Rauno : Il n’y a pas de quoi s’extasier devant l’ingéniosité de Notre Seigneur… quel bras cassé !

Il ajouta en pouffant que si un créateur de ce genre briguait un jour un poste d’ingénieur en conception à son usine de Tikkurila et présentait l’homme comme preuve de son talent, il ne risquait pas d’être embauché.

Annikki : Rien ne t’oblige à trop boire. Il y a aussi sur ces bateaux des bibliothèques, des cinémas et tout ce dont on peut rêver.

Rauno : Je ne vais pas dépenser des dizaines de milliers de marks pour pouvoir feuilleter des romans de gare américains ou regarder des acteurs de série B débiter des âneries dans de vieux films.

Annikki : On pourrait s’offrir des séances de spa, se baigner dans l’océan et profiter des escales pour découvrir la vie et la culture locales. Et la nourriture est délicieusement saine, là-bas, lis donc le prospectus au lieu de rouspéter.

Rauno avait répliqué qu’il préférait se prélasser dans un bon vieux sauna à l’ancienne plutôt que dans un bain de boue à bord d’un bateau de croisière. Dieu sait quelle vermine marinait là-dedans, il finirait couvert de pustules pour le restant de ses jours, sans compter les larves de bilharzie qui se nicheraient à coup sûr sous sa peau… mieux valait ne pas plonger sans précaution dans l’océan, les courants marins avaient emporté des centaines de touristes irresponsables, surtout dans les Caraïbes. Il fallait aussi penser à l’environnement : quand un énorme navire mouille dans la rade d’une petite île, ses ancres lourdes de plusieurs tonnes détruisent un hectare de récifs de corail, uniquement pour que des mémères obèses puissent exhiber leurs varices et leur cellulite. L’indigène affamé n’a droit de la part de ces richissimes m’as-tu-vu qu’à un regard indifférent, et la fillette mendigote d’une mère célibataire aveugle au mieux à une piécette ou deux.

Rauno Rämerkorpi s’était mis à beugler : le tourisme de masse était un moyen de blanchir les narcodollars sud-américains servant à corrompre des dictateurs, et tandis que des millions de personnes pleuraient misère, Annikki et lui, gavés d’huîtres en voie d’extinction, roteraient sous le clair de lune tropical des Caraïbes en buvant des vins hors de prix dont le raisin avait été cueilli par de petites filles aux doigts gercés dont les mains ne feuilletteraient jamais de livres de classe ! Ce n’aurait été que justice que le plus terrible des cyclones nés dans la zone équatoriale balaie la région, renverse le bateau cinq étoiles et noie dans les profondeurs de l’océan tout son chargement de noceurs !

Rauno fit remarquer que les Finlandais avaient élu une femme à la présidence de la République, une militante de gauche qui avait cultivé une parcelle voisine de celle d’Eveliina dans ces jardins ouvriers. Il ajouta avoir lui-même été toute sa vie un authentique prolétaire. Il n’y avait rien de mal, selon lui, à ce qu’un ouvrier s’enrichisse un peu, au moins une fois de temps en temps. Son argent ne faisait pas de lui un exploiteur.

Selon Rauno Rämerkorpi, les défenseurs de la cause ouvrière n’étaient mus que par l’envie et la jalousie. Mais ni Marx ni Lénine n’en avaient jamais soufflé mot, pas plus que Tuure Lehén ou Otto Ville Kuusinen. Dès que la situation financière d’un camarade s’améliorait un tant soit peu, on l’expulsait des rangs du prolétariat pour l’expédier de force dans le camp adverse et du même coup au goulag ou au gibet. La métallurgiste pensait-elle être la dernière communiste au monde ? L’expérience socialiste, en Russie et ailleurs, montrait que la cause était trop noble pour être confiée à des rustres envieux.

Eveliina : On ne peut pas mettre les erreurs de l’Union soviétique sur le dos de tous les travailleurs. C’était une dictature.

Rauno : La dictature du prolétariat.

Le conseiller à l’industrie grogna que le totalitarisme soviétique avait tué soixante-dix millions de personnes, l’allemand peut-être trente.

Eveliina lui suggéra de considérer la question sous un autre angle. Si le Troisième Reich avait été socialiste et l’URSS national-socialiste, le nombre de morts aurait été à peu près le même. Les masses russes étaient plus nombreuses et les Allemands, malgré leur énergie et leur volontarisme, n’égaleraient jamais leur force de destruction. Rauno restait en dépit de tout un représentant du capitalisme, ses anciennes convictions de gauche n’y changeaient rien.

Eveliina : En tant qu’homme, tu es tout à fait OK, mais que tu le veuilles ou non, tu cherches à faire du profit.

Le conseiller à l’industrie répliqua qu’il fallait bien constituer des réserves pour préserver l’emploi des ouvriers. S’il distribuait ses bénéfices à ses salariés, sa société ferait vite faillite et mille personnes seraient à la rue. Il y avait une grosse différence entre des activités commerciales normales et la spéculation en Bourse. Les investisseurs internationaux s’en donnaient à cœur joie maintenant que la gauche avait cessé de s’opposer à eux. En quelques secondes, les agioteurs transféraient des milliards d’un pays à un autre, les boursicoteurs flairaient en temps réel les meilleures affaires. Si des petites filles fabriquaient en Inde des composants électroniques à moitié prix, les capitaux s’y précipitaient pour ramasser le pactole et, une fois le filon épuisé, se ruaient aux

antipodes pour saigner à blanc une nouvelle victime, sans se soucier le moins du monde de polluer des régions entières et de laisser sur le carreau des dizaines de milliers de gens.

Eveliina : Ne crie pas, les voisins vont t’entendre, les murs sont comme du papier, ici.

Rauno : Ma société ne sera jamais cotée en Bourse ! S’il n’y a pas moyen de trouver des capitaux autrement, tant pis, plutôt faire faillite !

L’industriel tonna qu’il était plus à gauche que la plupart de ses ouvriers, à part Eveliina.

3 Comments

  1. Reply

    J’ai découvert cet auteur récemment et j’ai aimé son potager des malfaiteurs!!!


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    Arriver à gérer plusieurs maitresses ça doit être un sacré job qui demande un certain talent. Même s’il ne les a pas eu toutes en même temps, il y a toujours des retours de batons rétroactif qu’il faut pouvoir gérer (enfin j’imagine)

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