Les animaux dénaturés de Vercors

couv20804234Le synopsis de Les animaux dénaturés de Vercors m’a donnée envie de lire ce classique publié en 1952. Une histoire de scientifique et d’anthropologie, ça ne pouvait qu’être intéressant, et en fait, il l’est sauf qu’il souffre de son époque.

Synopsis
En Nouvelle-Guinée, une équipe de savants auxquels s’est joint le journaliste Douglas Templemore cherche le fameux “chaînon manquant” dans l’évolution du singe à l’homme. En fait de fossile, ils trouvent une colonie bien vivante. Un colonie de quadrumanes, donc de singes. Mais a-t-on jamais vu des singes troglodytes ? Enterrant leurs morts ? Tandis que les hommes de science s’interrogent sur la nature de leur “tropis”, un homme d’affaires voit en eux une potentielle main d’oeuvre à bon marché. La seule parade aux noirs desseins du sieur Vancruysen est de prouver l’humanité des tropis. Raisonner en zoologues plutôt qu’en paléontologues ne résout qu’à demi le problème mais offre à Doug Templemore un moyen d’obtenir la preuve nécessaire. Ce qui l’amène à risquer sa tête pour notre plus vif divertissement, et notre édification, car sous le rire de cette satire allègre se pose la grave question de ce que nous sommes, nous les “personnes humaines”, animaux dénaturés.

Le roman soulève la question de l’être humain, sa place dans l’évolution et comment différentier l’humain d’un autres animaux tel que les grands singes, mais aussi de la colonie primitive découverte lors de l’expédition dans le roman. Mais aussi, et c’est l’une des raisons pour laquelle ce roman est totalement daté (l’autre étant la religion), la place du noir par rapport aux blancs. Car c’est bien le problème du roman. Les noirs sont esclaves et bien qu’ils soient considérés comme humains, ils n’en restent pas moins des sous-Hommes aux yeux des blancs. Ajouter à ça, la population découverte dans le roman plus l’aspect religieux/théologique très présent et ça donne des discussions qui n’auraient pas lieu d’être aujourd’hui où l’être humain comme les animaux sont classés à partir de données anatomiques, génétiques et embryonnaires. Même si, évidemment, il y a toujours des animaux qui sont chelou comme l’ornithorynque ou le dipneuste, l’ensemble tient bien la route.

Alors, il y a évidemment une partie intéressante, celle qui essaie de définir ce qu’est un être humain ? Mais le problème est que c’est presque uniquement abordé de manière théologique. Certain dirait philosophique en général, pour ma part, je trouve ça tournée très philosophie religieuse et très peu philosophie des sciences. Est-ce que ce peuple primitif à des idoles ? Tout être humain a toujours cru en quelques choses / a toujours eu des idoles. C’est une des hypothèses du roman, mais évidemment, dans une période très ancrée dans la religion, ces questions sont par définition orientées et biaisées. Qu’en est-il des athées, ils ne sont pas humains ? Quelques autres pistent sont lancés vaguement comme celle de l’anatomie (certaines parties de la tribu découverte sont plutôt singe d’autre plutôt humain), mais c’est tout. Du coup, ce roman n’est pas inintéressant, mais il est à replacé dans son contexte très religieux, racistes et ignorant de données biologiques. Je trouve le questionnement très intéressant mais les discussions et tentatives de réponses du roman biaisées et/ou insuffisantes.

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