Le puits des histoires perdues de Jasper Fforde

couv32863768J’avais les deux premiers tomes (L’affaire Jane Eyre et Délivrez moi !) de la saga des aventures de Thursday Next de Jasper Fforde que j’avais énormément adoré, j’ai donc enchaîné avec ce troisième opus Le puits des histoires perdues que je trouve dans moins mon que les deux premiers en termes de rythme mais qui possède tout de même une basse très solide, original et développé.

Comme d’habitude voici un résumé à ma sauce et sans vous spoile les précédents tomes. Thursday Next se retrouve à vivre durant quelques temps dans un livre de thriller mauvais qui traîne dans le puits des histoires perdues, les Hauts de Caversham, histoire de se reposer et en même temps de devenir agent de la Jurifiction. Sauf que, évidemment, tout ne se passe pas vraiment comme prévu. D’un côté Aornis (sœur d’Hadès) est logée dans sa mémoire et l’efface progressivement et de l’autre des agents de la jurifiction meurt les uns après les autres.

On retrouve clairement la louphoquerie et l’originalité de Jasper Fforde dans ce 3ème tome, l’aspet « action et palpitation à foison » moins contrairement aux tomes précédents qui allaient à cent à l’heure. Le rythme est vraiment lent ici, ce qui fait, en plus du manque d’action et des « longueurs » que j’ai vraiment moins aimé ce livre que les deux premiers tomes. Sachant aussi que la trame d’Aornis qui efface la mémoire de Thursday n’est vraiment pas intéressante, elle n’apporte finalement pas grand-chose à l’histoire général de ce tome, je trouve même qu’on aurait pu s’en passer ou le faire durer moins longtemps, ça aurait été tout aussi bon.

Ceci dit, il n’est pas moins exempt de qualité bien au contraire. Le socle de l’histoire fait que ce livre est vraiment intéressant. Ici, nous sommes dans l’énormément infrastructure qui créé et gère les livres. Entre l’aspect économique et les marchés aux idées/personnages/scénario, on entre dans le système de création du livre avec ses génériques (personnages qui sont formés pour devenir un rôle), les scénaristes, la mer de texte, le puits des histoires perdues (ou sont stockés les livres mauvaises en attente de réévaluation ou d’être détruit), le conseil des genres, la jurifiction etc. C’est donc tout une infrastructure qui produit tous les aspects des livres, des contextes aux personnages tout en les régulant et répondant aux plaintes et requêtes des génériques. Il y a même des awards organisés pour récompenser des génériques, d’ailleurs les titres sont assez drôles.

Toutes cet aspect est développé tout le long du livre et j’ai pris plaisir à lire et découvrir comment on fabrique un livre. On y retrouve d’ailleurs des clins d’œil et critiques de notre monde réel. Il y a par exemple l’explication du langue « sms », dont voici la citation tirée du livre.
« — Vous vous rappelez cet engouement, il y a quelques années de ça, pour les chaînes de lettres ? Vous receviez une lettre et vous deviez la renvoyer à dix de vos amis ? Eh bien, quelqu’un a dû forcer sur la lettre « U ». J’ai ici le rapport de l’agence de protection de l’environnement de la Mer de Texte me signalant que les réserves de la lettre « U » ont atteint un niveau dangereusement bas : il va falloir restreindre la consommation jusqu’à ce que les stocks soient renfloués. Des suggestions ?

— On pourrait utiliser le n de bas de casse à l’envers, dit Benedict.

— Nous avons déjà tenté l’expérience avec les « m » et les « w » à l’époque de la grande migration des « m » en 62 ; ça n’a jamais fonctionné.

— Et si on changeait l’orthographe, hum hum ? proposa le roi Pellinore en caressant son imposante moustache blanche. Tous les pronoms qui contiennent un « u », y a qu’à les transcrire phonétiquement, j’sais pas, moi.

— Par exemple, ki à la place de qui ?

— Bonne idée, intervint LeRoussi. Surtout qu’on a le choix : kel, kan, ke… Si on en circonscrit l’usage à une catégorie de la population, on pourra invoquer un facteur de génération. »

D’autre aborde un aspect politique, de manière très bref, ça prend quelques lignes mais tout de même, ça m’a semblait assez percutant pour que je le remarque. Un tyran interplanétaire demande comme requête au conseil que la civilisation d’une planète spécifique se prosterne à ses pieds, auquel le conseil lui dit qu’il a compris son jeu et qu’il cherche juste à exploiter les ressources de la planète. Aussi, il y a une énorme pique lancée contre le DRM. Enfin j’ai trouvé deux phrases que je trouve très juste : « quiconque cite des auteurs dans une conversation utilise sa mémoire et non son intellect » et surtout cette citation : « Une population inculte est une population soumise… ».

J’ai donc trouvé cet aspet du livre très riche, très originale aussi et finalement dont on peut trouver des points lancés sur notre monde, autant dire que je me suis régalée là-dessus.

Par contre, je me suis ennuyée sur l’aspect action et scénario. Comme dit plus haut, le rythme est vraiment très lent, c’est même plutôt mou et l’action y est saupoudrée par ci par là. Aussi, la trame Aornis-Thursday n’est pas intéressante, seule la trame « mort d’agent de juridiction et ultraworld » l’est mais malheureusement elle met du temps à être mis en place et même une fois qu’on a acquis la partie « fonctionnement de création du livre » et des enjeux de cette trame scénariste, ça reste lent. C’est vraiment dommage, surtout qu’on avait été habitué à une Thursday déchaîné et une loufoquerie active à son paroxysme. Là, on le loufoque mais posé et pépère et je trouve que ça casse le rythme de cette saga.

Enfin les personnages principaux n’évoluent pas vraiment, je parle de Thursday Next et de Miss Havisham. Par contre, l’accent est mis sur l’évolution des génériques Ibb et Obb qui passe de coquille vide à personnage de fiction aux caractères bien trempées. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose, mais ça m’a tout de même donné l’impression d’une réduction de l’intérêt pour le personnage de Thursday par rapport aux deux tomes précédents. Pourtant elle a un rôle important, devenir un agent de la juridiction qui contrôle les livres et les débordements causés par les génériques tout en inspectant sur la mort de ses collègues. J’ai même trouvé que Miss Havisham manqué de caractère comparé au tome deux. Voilà, je trouve que le livre manque de relief et de premier plan, mais c’est mon avis bien sûr.

En conclusion, j’ai trouvé ce livre moins bon que ces deux précédents tomes. Le background et le monde des livres (création et gestion des livres, des génériques, des idées etc) est extrêmement bien décrits, originales et loufoques. Mais malheureusement, l’ensemble a un rythme bien trop lent et l’action bien trop saupoudré, ce qui rend la lecture un peu ennuyeuse par moment. C’est encore plus « décevant » quand on le compare aux deux premiers tomes remplis de folie et avec une Thursday Next en pleine forme. Ceci dit, j’ai tout de même envie de continuer cette saga.

12 Comments

  1. Reply

    Je crois que c’est le tome que j’ai préféré en ce qui me concerne (mais bon je les adore tous !) justement parce qu’il est un peu différent des autres, qu’il ne se passe que dans le monde des livres et j’ai aimé toute l’histoire. Je pense que le tome 4 te plaira davantage car il est plus trépidant (si mes souvenirs sont bons ! :))

    • Helran Reply

      Je comprends que tu l’ais adore vu qu’il n’est pas mauvaise en soi. Juste pas trop mon genre à cause de la lenteur. J’ai hâte de lire le 4 du coup, mais avec les deux baby sf et thriller, ça va atteindre un peu.

  2. Reply

    Je crois que c’est le tome que j’ai préféré en ce qui me concerne (mais bon je les adore tous !) justement parce qu’il est un peu différent des autres, qu’il ne se passe que dans le monde des livres et j’ai aimé toute l’histoire. Je pense que le tome 4 te plaira davantage car il est plus trépidant (si mes souvenirs sont bons ! :))

    • Helran Reply

      Je comprends que tu l’ais adore vu qu’il n’est pas mauvaise en soi. Juste pas trop mon genre à cause de la lenteur. J’ai hâte de lire le 4 du coup, mais avec les deux baby sf et thriller, ça va atteindre un peu.

  3. Reply

    Je crois que c’est le tome que j’ai préféré en ce qui me concerne (mais bon je les adore tous !) justement parce qu’il est un peu différent des autres, qu’il ne se passe que dans le monde des livres et j’ai aimé toute l’histoire. Je pense que le tome 4 te plaira davantage car il est plus trépidant (si mes souvenirs sont bons ! :))

    • Helran Reply

      Je comprends que tu l’ais adore vu qu’il n’est pas mauvaise en soi. Juste pas trop mon genre à cause de la lenteur. J’ai hâte de lire le 4 du coup, mais avec les deux baby sf et thriller, ça va atteindre un peu.







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