Le meilleur des mondes de Aldous Huxley

couv59346607Voilà, j’ai lu Le meilleurs des mondes d’Aldous Huxley et j’en suis chamboulée, comme je l’avais été avec 1984 de George Orwell, mais en différent. En différent, car Le meilleur des mondes vend tellement du rêve que chaque moment de lecture met le doute.

Synopsis
Défi, réquisitoire, utopie, ce livre mondialement célèbre, chef-d’oeuvre de la littérature d’anticipation, a fait d’Aldous Huxley l’un des témoins les plus lucides de notre temps.
Aujourd’hui, devait écrire l’auteur près de vingt ans après la parution de son livre, il semble pratiquement possible que cette horreur s’abatte sur nous dans le délai d’un siècle. Du moins, si nous nous abstenons d’ici là de nous faire sauter en miettes… Nous n’avons le choix qu’entre deux solutions : ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés, ayant comme racine la terreur de la bombe atomique, et comme conséquence la destruction de la civilisation (ou, si la guerre est limitée, la perpétuation du militarisme) ; ou bien un seul totalitarisme supranational, suscité par le chaos social résultant du progrès technologique.

Finalement, ce n’est pas ce que l’on recherche ou souhaiterais ? Un monde de bonheur, sans maladie, sans vieillesse, où l’on peut faire les activités que l’on souhaite à volonté (tant qu’elles sont payantes et donc entraînent la consommation), où il y a liberté sexuelle, où il n’y a pas d’émotion forte (amour, haine, envie, jalousie etc), où il n’y a pas d’oppression de la population, car finalement tout le monde est heureux, où il n’y a pas de surpopulation, où l’on est conditionné à notre caste et donc on reste dans notre case, sans avoir à envier les autres. Vraiment, ça vend du rêve, car finalement tout le monde est heureux (à quelques guss près, comme le personnage principal qui malgré sa caste d’Alpha est plus petite que les autres, donc il se sent différent et il n’y a pas de place à la différence dans ce monde). La preuve, les dirigeants ne cherchent même pas à oppresser le peuple, il n’y en a pas besoin. Du coup, on se demande qu’elle est la contrepartie de ce bonheur ? Être “brainless” mais vu le conditionnement subit, on ne s’en rend pas compte. Sauf si on arrête de prendre la fameuse pilule, comme le fait le personnage principal en début du roman, dans ce cas, il veut être lui-même et commence même à doute sur la société dans laquelle il vit, il lui manque quelque chose, mais il ne sait quoi. Sa compagne du moment prend ses dires comme un délire d’hérétique, tellement que le conditionnement est quasi parfait.

Voilà, seul prix à payer pour être heureux, sans maladie ni vieillesse, est de prendre une pilule tous les jours (et mourir à 60 ans, car ce sont les effets secondaires de la pilule, en plus d’être une sorte de calmant). Mais vaut-il mieux vivre 60 ans heureux et en pleine forme (enfin les castes basses ont quelques déformations dû à l’utilisation de l’alcool durant les stades embryonnaires, mais ils n’en restent pas moins heureux) plutôt que 80 ans rempli de maladie, de problème et de vieillesse ? Vraiment, cette forteresse dorée est belle et vend du rêve et c’est ça la puissance de ce roman. Je serais prête à mettre aux défis quiconque qui oseraient dire ne pas avoir pensé “ce serait peut être une bonne solution” ou “j’aimerai vivre dans ce monde”.

Pour ma part, non je ne veux pas, pourtant, oui, je trouve qu’il résoudrait de nombreux de problèmes. Je ne veux pas car, telle le scientifique du roman, je ne pourrais plus mener mes recherches (IRL, je fais de la recherche), car, certes les sciences ont permises de créer ce monde qui marche si bien, mais du coup toutes recherches supplémentaires sont interdites pour éviter d’ébranler ce meilleurs des mondes. En même temps, tout est sans maladie, il n’y a plus de recherche à faire dans ce domaine-là. Mais en même temps, je me dis que si je vivais dans ce monde, je serais conditionnée à faire ce pourquoi je suis née, je ne m’en rendrais pas compte.

Puis pour montrer que ce meilleur des mondes est génial, l’auteur insère dans son roman des réserves à humain tel que nous vivons maintenant. Le gouvernement mondial de ce roman, pour des raisons geo-climatique, trouvent le coût de l’éducation/rendre civiliser ces humains bien trop élevé et ce n’est pas rentable (encore une fois, l’aspect commerciale, tel qu’on la connaît IRL… un médoc coûte très cher à produire, pas assez de malade pour rentabiliser son coût, tant pis pour les malades), autant les parquer en réserves (on pourra y voir un moyen de parler de la colonisation ou encore de comment certains pays crèvent de faim mais dont tous les autres s’en fichent). Puis quand on y regarde de plus près, c’est vrai qu’à côté de la forteresse doré, les réserves montrent des personnes vieillissantes, malades, sales, qui doivent rafistoler leurs habits car impossible de les changer s’il y a un moindre accroc, et puis, ils donnent naissances à des enfants telle que nous le faisons actuellement. Bref non, mais vraiment, le meilleur des mondes sonnent meilleurs en tout point.

Mon seul problème avec ce récit concerne le coup de la flagellation et rapport à dieu qu’à une personne a dans la réserve, j’ai l’impression que l’auteur nous montre soit la version dieu Ford et son côté très vendeur, liberté sexuel, pas de maladie etc. mais brainwash dès la naissance, soit la version dieu actuel et le brainwashing que ça entraîne (dès la naissances aussi), comme si c’est deux extrêmes opposés n’étaient finalement pas si différent que ça, car tout deux sont basés sur le brainwash et le conditionnement pour faire accepter une croyance, un dogme etc. Comme si pour l’auteur, il n’existe pas de “milieu” sans dieu ou entité suprême à vénérer sans aucune onces de jugement et d’esprit critique.

Enfin, ce n’est pas l’utopie du meilleur des mondes ou la dystopie 1984 qui me font peur, mais le faîte que la population elle-même souhaite entrer volontairement dans ces deux forteresses dorées, entre ceux qui veulent plus de “sécurité”, alias surveillance, quitte à sacrifier la liberté et ceux qui sont enchantés par le meilleur des mondes (et il y a de quoi). Ce n’est pas l’oppression ou quelconque force qui nous y entraînera, mais bien la population qui ira d’elle même dans l’un de ses deux mondes, voir un mélange des deux.

3 Comments

  1. Reply

    L’idée de vouloir vivre dans ce monde ne m’a pas traversé l’esprit à vrai dire 🙂 Je trouve aussi la confrontation sur ces deux extrêmes un poil sulfureuse mais j’ai apprécié la critique de la société.

    • Mortuum Reply

      Peut être pas exactement comme dans ce roman, mais l’idée de ne pas avoir de maladie ni vieillir est plus que tentant. 🙂

      • Reply

        Je suis d’accord 🙂 De mon côté, je sais que je vivrai jusqu’à 100 ans en bonnes santé physique et mentale. (méthode Coué)

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