2084 : La fin du monde de Boualem Sansal

couv51910387Au titre de 2084 : La fin du monde de Boualem Sansal, on se doute qu’il y a un hommage à l’excellentissime 1984 d’Orwell. Le problème est qu’après avoir lu 1984 d’Orwell, j’ai l’impression que tout a été dit sur le sujet, tellement qu’il couvre très bien le régime totalitaire et son fonctionnement. Il suffit juste d’adapter ça à n’importe qu’elle type de totalitarisme et ça colle. Ceci dit, je ne suis pas contre ceux qui essayent de réinventer la roue, la preuve, il suffit de voir l’évolution de celle-ci. Malheureusement, les récentes dystopies que j’ai lues m’ont ennuyée par leur fadeur. C’est moins le cas pour 2084 de Boualem Sansal.

Synopsis
L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.
Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…
Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.

L’auteur a réussi à adapté 1984 dans un contexte actuel (ceci dit, 1984 est intemporel) sur le radicalisme religieux ou l’on reconnaîtrait un état Islamique. L’auteur en reprend donc les codes et n’hésite pas à y faire référence dans le récit du narrateur (notamment à la fin avec le Novlangue par exemple). Aussi le roman se lit très bien.

Finalement, je trouve ça plutôt réussi, car on est vraiment plongé dans l’univers dystopique et dans le parcours d’Ati. Tout comme lui, on apprend l’hypocrisie de cette société, ainsi que son endoctrinement : Abistan est le monde ! Quand est-il de l’étranger/l’extérieur ? Sans parler des “fausses” guerres, etc. Sauf que l’on n’a pas d’informations supplémentaires ni de réponse à ce sujet, tout comme le narrateur ou le peuple d’Abistan. Au départ, ça me dérangeait, car j’aime lorsque les choses sont développées et lorsque l’auteur décrit l’envers du décor comme le fait Orwell dans 1984. Puis, je me suis dit que l’auteur n’avait peut-être pas envie de nous faire un copier/coller de 1984 version Etat Islamique, mais peut-être qu’il présupposait qu’on avait lu 1984 et qu’il souhaitait nous faire vivre les choses telles qu’Ati (et le peuple) le vit, donc rempli de conditionnement/endoctrinement et de flou total sur l’extérieur d’Abistan.

Quoi qu’il en soit, je me suis mise à apprécier 2084 de Boualem Sansal grâce à la découverte du groupe de black metal (anti-Islam) d’Arabie Saoudite : Al-Namrood. La découverte de ce groupe a été une pure coïncidence et quelques heures après avoir fini le roman. En lisant l’interview de ce groupe, j’ai l’impression que l’avertissement de l’auteur en début de 2084 n’est que pure forme et que l’on est loin de la science-fiction, au contraire, en fonction des endroits du globe, on est en pleine réalité. C’est finalement, ce qui donne énormément de force à ce roman, qui, à la lecture, peut sembler redondant et moins complet que 1984 (voir fade?).

Une citation tiré du livre:

Il eut soudain une intuition, le plan était si clair : le Système ne veut pas que les gens croient ! Le but intime est là, car quand on croit à une idée on peut croire à une autre, son opposée par exemple, et en faire un cheval de bataille pour combattre la première illusion. Mais comme il est ridicule, impossible et dangereux d’interdire aux gens de croire à l’idée qu’on leur impose, la proposition est transformée en interdiction de mécroire, en d’autres termes le Grand Ordonnateur dit ceci : « Ne cherchez pas à croire, vous risquez de vous égarer dans une autre croyance, interdisez-vous seulement de douter, dites et répétez que ma vérité est unique et juste et ainsi vous l’aurez constamment à l’esprit, et n’oubliez pas que votre vie et vos biens m’appartiennent. »

Interlude musicale
Première fois que j’en mets une, mais vu que la lecture de 2084 a pris de l’ampleur grâce à la découverte d’Al-Namrood, en voici deux chansons.

6 Comments

    • Mortuum Reply

      Et bien je suis plutôt de ton avis sur le faire que l’auteur n’aille pas assez loin. Et finalement vaut mieux lire 1984 et oublier ce roman.
      Et je pense que j’aurais fait une chronique négative si je n’avais pas rencontré le groupe de métal entre temps. Car finalement, ce roman ce n’est pas du tout de la fiction et il peint très bien ce qui se passe actuellement dans certain pays.
      Pour le reste, c’est en effet bateau, pas assez exploité etc.

      • Reply

        En tout cas, merci pour le groupe. Je découvre avec plaisir.


  1. Reply

    Je n’ai pas réussi a accrocher totalement au livre malgré des qualités stylistiques évidentes. e rythme lent et le manque d’intégration du personnage m’ont dérangé et chagrinés.
    Bises, nanet
    ps : c’est rare que nous lisions les même romans ^^

    • Mortuum Reply

      C’est vrai qu’il a des lacunes dans le domaine que tu mentionnes, mais je trouve que ça reste un roman puissant tout de même. Donc je comprends tout à faire la déception et moi même, je n’étais pas emballée au début.
      P.s.: Oui c’est vrai, on a pas le même genre de lecture 😉

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